La Banque du Canada et la Réserve fédérale américaine en mode d’attente

Wesley Blight

Le 29 avril 2026


Points à retenir

  • À leur réunion d’avril, les deux banques centrales nord-américaines ont décidé de laisser leurs taux directeurs inchangés.
  •  L’incertitude demeure forte, en particulier en ce qui concerne, d’une part, les répercussions du conflit au Moyen-Orient sur les prix de l’énergie et, d’autre part, l’avenir des échanges commerciaux entre le Canada et les États-Unis.
  • Notre opinion demeure plus favorable aux actions qu’aux titres à revenu fixe ou aux liquidités.

Sans grande surprise, la Banque du Canada et la Réserve fédérale américaine (Fed) ont toutes deux voté en faveur du maintien des taux directeurs ce mois-ci, l’incertitude demeurant élevée. La hausse marquée des prix de l’énergie, les perturbations dans les transports, l’inflation accrue et l’issue incertaine des prochaines négociations commerciales (Accord Canada–États-Unis–Mexique, ACEUM) ont amené la Banque du Canada à maintenir son taux directeur à 2,25 % et la Fed, dans une fourchette de 3,5 % à 3,75 %.

La Banque du Canada prudente face au conflit géopolitique et à la politique commerciale américaine 

Bien que la Banque du Canada ait laissé ses taux d’intérêt inchangés, l’incertitude entourant le conflit au Moyen-Orient et l’avenir des échanges commerciaux avec les États-Unis risque de faire monter ou descendre les taux à court terme. « Nous surveillons de près les répercussions du conflit au Moyen-Orient et la façon dont l’économie réagit aux droits de douane américains et à l’incertitude liée aux politiques commerciales. Le Conseil regarde au-delà de l’impact immédiat de la guerre sur l’inflation, mais ne laissera pas les prix plus élevés de l’énergie se transformer en inflation persistante. Selon l’évolution des perspectives, nous restons prêts à réagir au besoin », a indiqué la Banque.

Les dernières projections de croissance de la Banque du Canada montrent peu de changements par rapport à janvier. La Banque prévoit désormais une croissance économique au Canada de 1,2 % en 2026, de 1,6 % en 2027 et de 1,7 % en 2028, en supposant un retour des prix du pétrole à 75 $ US le baril d’ici 2027 et l’absence de changements du côté des tarifs douaniers américains. Suivant ces hypothèses, la Banque s’attend à ce que l’inflation culmine autour de 3 % avant de revenir à la cible de 2 % au début de 2027.

D’une part, si le conflit au Moyen-Orient continue de faire grimper les prix mondiaux de l’énergie encore longtemps, la Banque du Canada pourrait devoir resserrer sa politique monétaire et hausser les taux pour juguler l’inflation. D’autre part, si la politique commerciale américaine devient plus restrictive après la révision de l’ACEUM, la Banque pourrait devoir compenser en abaissant les taux pour mieux soutenir l’économie. Dans l’état actuel des choses, nous pensons toujours que la Banque du Canada maintiendra ses taux à court terme.

Jerome Powell demeure en poste et la dissension s’intensifie à la Fed 

Pendant la conférence de presse qui a suivi la réunion, le président de la Fed, Jerome Powell, a confirmé qu’il resterait au Conseil des gouverneurs du Federal Open Market Committee tant que l’enquête criminelle concernant les rénovations du siège social de la Fed ne serait pas close. Son mandat de président de la Fed prendra fin le 15 mai, mais celui de gouverneur se poursuivra encore deux ans. Cette annonce prive le président Trump, virulent détracteur des décisions de la Fed, d’une majorité au sein du Conseil des gouverneurs.

La croissance aux États-Unis devrait demeurer forte, propulsée par l’investissement dans l’IA et l’augmentation de la consommation. Dans son communiqué, la Fed mentionne : « De récents indicateurs donnent à penser que l’activité économique progresse à un rythme soutenu [...] L’inflation est élevée, en partie en raison de la hausse récente des prix mondiaux de l’énergie [...] Les événements au Moyen-Orient engendrent beaucoup d’incertitude quant aux perspectives économiques. »

Les désaccords persistent au sein de la Fed. Un membre votant aurait préféré une baisse des taux de 0,25 % ce mois-ci, tandis que trois autres membres, bien qu’en faveur du statu quo, se sont opposés à l’inclusion d’un biais accommodant dans le communiqué. Fait à noter, le nombre de dissidents, soit quatre, n’a jamais été aussi élevé depuis 1992. Nous continuons de croire que deux réductions de 0,25 % demeurent probables en 2026, mais tout dépendra de l’évolution du conflit au Moyen-Orient et de la tendance que suivront les prix de l’énergie à partir de maintenant.

S’en tenir au processus

Des périodes comme celle-ci confirment l’importance d’une gestion de portefeuille professionnelle et d’une diversification des catégories d’actifs, des régions, des styles de placement et des secteurs de l’industrie. Nous continuerons à surveiller l’évolution de la situation, les réactions des pouvoirs publics, les répercussions sur les entreprises et autres éléments. Nous disposons d’un plan de match bien établi pour surveiller et évaluer la situation, et y réagir en conséquence.

Nous avons maintenu la répartition stratégique de l’actif dans les portefeuilles de nos clients. Ces portefeuilles sont construits en fonction d’objectifs à long terme, de longs horizons de placement et de perspectives d’évolution des marchés financiers à long terme, et rien de tout cela n’a changé.

En revanche, notre répartition tactique de l’actif, qui vise les 12 à 18 prochains mois, pourrait changer à mesure que les risques et les possibilités se préciseront. Compte tenu des informations disponibles, nous maintenons la surpondération tactique des actions par rapport aux titres à revenu fixe et aux liquidités dans nos portefeuilles qui intègrent la répartition tactique de l’actif.

La Banque du Canada et la Fed feront toutes deux connaître leur prochaine décision sur les taux d’intérêt en juin, soit le 10 et le 17 respectivement. L’annonce de la Fed sera accompagnée du plus récent sommaire des projections économiques.


Wesley Blight

Wesley Blight, CFA, CIM, FCSI, est vice-président et gestionnaire de portefeuille dans l’équipe Gestion multi-actifs de Gestion mondiale d’actifs Scotia. Il assume à ce titre la responsabilité des solutions de placements privés et de portefeuilles multi-actifs.