La qualité compte, mais la valeur aussi

Trouver de la valeur dans le marché actuel des obligations de sociétés

Domenic Bellissimo
Vice-président et gestionnaire de portefeuille
Équipe des titres à revenu fixe de base

Domenic Bellissimo est vice-président et gestionnaire de portefeuille au sein de l’équipe des titres à revenu fixe de base de Gestion mondiale d’actifs Scotia. Cliquez ici pour en savoir plus sur les solutions de placement qu’il gère.

En résumé

  • Les entreprises solides peuvent susciter une forte demande, mais cet aspect ne détermine pas à lui seul la valeur.
  • Pour trouver de la valeur, il faut souvent regarder au-delà des noms bien connus et comparer les possibilités qu’offrent différents émetteurs.
  • Dans un marché obligataire canadien en évolution, la patience et la sélectivité peuvent aider les investisseurs à faire des choix éclairés quand les évaluations semblent peu attrayantes.

Est-ce qu’un nom en dit long? Pour bien des investisseurs, oui. Les entreprises bien connues au bilan solide, au modèle d’affaires durable et établies de longue date inspirent souvent confiance. Sur le marché des obligations de sociétés, ces caractéristiques sont généralement associées à la qualité.

Et pourtant, ce n’est pas parce qu’une société inspire confiance qu’on devrait nécessairement placer sa confiance dans ses obligations. Trouver des entreprises florissantes est une chose. Il y a cependant une chose plus cruciale à évaluer : leurs obligations rémunéreront-elles adéquatement le risque assumé?

Cette question revêt une importance croissante à l’heure où le marché canadien des obligations de sociétés grossit et attire des émetteurs du monde entier. À mesure que l’éventail des possibilités s’élargit, les investisseurs ont tout intérêt à regarder au-delà de l’émetteur lui-même pour évaluer si la rémunération qu’offre un placement est proportionnelle au risque.

La qualité n’est qu’un volet de l’équation

La qualité d’une entreprise reste bien sûr un facteur important à prendre en considération sur le marché des obligations de sociétés. La solidité financière d’un émetteur, les flux de trésorerie qu’il génère, son positionnement concurrentiel et sa capacité d’honorer ses obligations financières dans différentes conjonctures fournissent des éclairages précieux sur son profil de crédit et ses caractéristiques globales relatives au risque.

Mais la qualité ne détermine pas à elle seule la valeur. Des émissions obligataires récentes de grands noms des technologies ont montré que la forte demande que suscitent des sociétés très réputées peut influencer les évaluations. Lorsque beaucoup d’investisseurs se disputent les mêmes obligations, les écarts de crédit peuvent se resserrer, ce qui réduit la rémunération offerte à risque égal. Même les sociétés les plus solides peuvent présenter une valeur moins attrayante si l’enthousiasme du marché est déjà intégré dans le cours de leurs obligations.

Cette réalité prend de plus en plus d’importance au Canada. Le marché des obligations de sociétés y a longtemps été dominé par un groupe assez restreint d’émetteurs nationaux. Aujourd’hui, l’éventail des titres offerts s’élargit et se mondialise, avec l’arrivée sur le marché d’émetteurs étrangers et la diversification des secteurs représentés.

Si ce foisonnement offre de nouvelles possibilités, il rend aussi la sélection et la gestion active d’autant plus importantes. Le plus difficile, bien souvent, n’est pas de trouver des sociétés solides, mais de déterminer où se trouve la valeur dans le lot. Tandis que la qualité renseigne les investisseurs sur les paramètres fondamentaux d’une entreprise, l’évaluation peut les aider à déterminer si une obligation semble proposer un rendement suffisant compte tenu des risques que comporte le placement.

Où trouver de la valeur

On décrit souvent l’investissement dans les obligations de sociétés comme un exercice de comparaison. Plutôt que de se concentrer exclusivement sur les forces d’une entreprise, on peut regarder comment l’évaluation d’une obligation se compare à celle d’émetteurs comparables. Les fluctuations de l’offre, l’évolution de l’humeur sur le marché et des événements propres à certaines sociétés peuvent entraîner des écarts d’évaluation qu’il conviendra d’examiner de plus près.

« Tous les titres ne méritent pas nécessairement d’être détenus en tout temps, explique Domenic Bellissimo, vice-président et gestionnaire de portefeuille chez Gestion mondiale d’actifs Scotia. Il faut vraiment placer ses billes de manière réfléchie, en privilégiant les émetteurs qu’on juge appelés à offrir le meilleur rendement parmi un groupe donné. »

Pour procéder avec rigueur dans sa quête de valeur sur le marché des obligations de sociétés, il faut commencer par regarder au-delà des grands titres et de la notoriété des marques. On a parfois une préférence pour les émetteurs qu’on connaît bien, mais investir sur le marché obligataire, c’est essentiellement mettre en balance le risque et le rendement. Un émetteur bien connu n’offrira pas nécessairement toujours le plus de valeur et, parallèlement, des occasions peuvent se présenter dans des secteurs du marché moins suivis.

Des écarts d’évaluation peuvent survenir même entre des sociétés aux profils d’affaires similaires. La dynamique d’émission, la demande des investisseurs et des événements propres à chaque émetteur peuvent tous influer sur la valeur relative. Les investisseurs ont donc tout intérêt à évaluer les possibilités parmi des groupes d’émetteurs comparables, plutôt que de partir du principe que les noms les plus connus offrent le meilleur potentiel.

La présence croissante d’émetteurs étrangers dans le marché ajoute une couche de complexité. Les évaluations des obligations canadiennes reflètent de plus en plus la dynamique de l’offre et de la demande à l’œuvre hors des frontières du Canada, en particulier sur de grands marchés comme celui des États-Unis. Comprendre cette dynamique peut être très éclairant dans l’évaluation de la valeur relative et de la rémunération du risque.

Des paramètres fondamentaux solides et la notoriété de la marque restent des facteurs importants, mais aucun des deux ne garantit à lui seul la valeur. L’évaluation relative peut aider à faire la distinction entre une société de qualité et une obligation de société intéressante.

La patience, un avantage concurrentiel

Les périodes d’euphorie boursière peuvent mettre à l’épreuve la discipline des investisseurs. Quand la demande se concentre dans un groupe restreint d’émetteurs, il peut arriver que les évaluations ne s’arriment plus avec le niveau de rémunération que les investisseurs peuvent exiger en contrepartie du risque qu’ils assument.

Domenic Bellissimo souligne l’importance de prendre un pas de recul dans ces circonstances :

« Le bon choix n’est pas nécessairement le moins cher. Parfois, un titre de grande qualité se négociant à des niveaux comparables à ceux d’émetteurs de moindre qualité peut offrir un meilleur rapport valeur-risque. »

La patience peut aider les investisseurs à distinguer la véritable qualité de ce qui relève de l’engouement du marché. Le fait de détenir chaque nouveau titre ou suivre les tendances de l’heure ne s’inscrit pas dans une approche rigoureuse. Dans certains cas, la chose la plus prudente à faire peut être d’attendre que les évaluations deviennent plus attrayantes ou que les risques soient mieux compris.

L’évolution du marché canadien des obligations de sociétés met à la disposition des investisseurs une diversité inédite d’émetteurs, de secteurs et d’occasions de placement. Dans cet univers élargi, il devient d’autant plus important de trouver l’équilibre entre qualité et évaluation.

La qualité reste un pilier de l’investissement dans les obligations de sociétés. Pour autant, elle ne détermine pas à elle seule la valeur. Dans un marché qui grossit et se mondialise, il peut être utile de s’appuyer sur un principe simple : qui dit excellente entreprise ne dit pas toujours excellente obligation. Alors, faut-il savoir où trouver de la valeur ou savoir repérer la qualité? Vous l’aurez compris : les deux sont d’égale importance.


D’après un entretien avec Domenic Bellissimo tenu en juillet 2026.