Réévaluer le rôle des titres à revenu fixe dans un marché plus volatil

L’impact des changements économiques sur les investisseurs en titres à revenu fixe

Roger Rouleau
Vice-président et gestionnaire de portefeuille
Équipe de crédit spécialisé

Roger Rouleau est membre de l’équipe de crédit spécialisé de Gestion mondiale d’actifs Scotia, et Dynamique. Il gère des portefeuilles diversifiés à revenu fixe composés de titres de crédit de qualité, à haut rendement et à taux variable, des actions privilégiées, ainsi que des stratégies à rendement absolu. Consultez sa biographie pour en savoir plus sur ses solutions de placement.


Les titres à revenu fixe servent depuis des générations de stabilisateurs fiables au sein de portefeuilles diversifiés. Dans un modèle classique 60/40, les actions génèrent de la croissance, tandis que les obligations produisent un revenu et protègent le portefeuille contre les fluctuations. La stabilité des taux d’intérêt et le caractère relativement prévisible de l’économie convenaient bien à ce modèle, et les titres à revenu fixe représentaient une base solide pour les investisseurs.

La situation actuelle pose toutefois de nouveaux défis. Les pressions inflationnistes, les politiques variables des banques centrales et l’incertitude géopolitique nourrissent la volatilité et assombrissent les perspectives de croissance de l’ensemble des titres à revenu fixe. De nos jours, les taux d’intérêt fluctuent autant à la baisse qu’à la hausse, souvent rapidement, ce qui rend les résultats plus difficiles à prévoir. Certes, les obligations sont toujours essentielles dans un portefeuille diversifié, mais les investisseurs doivent faire des choix plus judicieux pour atteindre leurs objectifs.

Les marchés changent

Le contexte des titres à revenu fixe s’est transformé durant les dernières années. La pandémie a produit une onde de choc qui a relancé l’inflation et forcé les banques centrales à prendre des mesures musclées. Parallèlement, des conflits non résolus dans des régions productrices d’énergie – dont la Russie et le Moyen-Orient – et des différends commerciaux exercent toujours des pressions sur les prix de l’énergie à l’échelle mondiale. Les investisseurs doivent maintenant interpréter de nombreux signaux économiques tout en essayant de prévoir la réaction des décideurs en temps réel.

C’est pour ces raisons que les marchés des titres à revenu fixe sont plus volatils et moins prévisibles; chaque événement entraîne une fluctuation plus importante que la précédente des cours obligataires et une dispersion plus généralisée dans l’ensemble des secteurs. Si les obligations offrent encore des avantages en matière de diversification, on ne peut plus s’y fier autant pour compenser le risque lié aux actions qu’au cours des cycles passés. Désormais, les résultats dépendent fortement de la façon dont les investisseurs positionnent leurs portefeuilles à revenu fixe, mais aussi des décisions qu’ils prennent.

La composition des portefeuilles dans un environnement changeant

Les taux d’intérêt restent le facteur déterminant du rendement d’un portefeuille, mais ils suivent maintenant un schéma plus complexe. Les banques centrales influent sur les taux à court terme, alors que les taux à long terme dépendent des attentes inflationnistes, des politiques budgétaires et de facteurs structuraux, comme la démographie, dont l’évolution est plus difficile à prédire. L’incertitude et le niveau de risque ont en outre augmenté, surtout pour les obligations à long terme.

Dans un tel contexte, les obligations à court terme offrent un équilibre concret entre le risque et le rendement. Leur évolution est plus étroitement liée à celle de la politique monétaire, et elles sont moins vulnérables face aux grandes variations de taux. Notons toutefois qu’une courbe des taux relativement plate réduit la possibilité d’accroître la duration pour dégager des revenus supplémentaires, ce qui plaide en faveur d’une approche plus mesurée.

La sélection des obligations de sociétés est tout aussi déterminante dans la composition du portefeuille. Les émetteurs ne sont pas tous touchés de la même manière par les hausses des coûts d’emprunt. Les grandes entreprises bien capitalisées – comme les banques importantes et les assureurs établis – sont habituellement résilientes. Inversement, les sociétés plus endettées doivent composer avec des pressions accrues, car leurs coûts de financement augmentent et leur croissance ralentit. En fait, des signes de tension sont déjà présents du côté du crédit privé, les entreprises de ce segment ayant généralement moins de flexibilité pour absorber des taux plus élevés.

Au-delà des titres de créance et des taux, d’autres risques doivent être pris en compte, notamment les questions de liquidité, de transparence et de complexité. Les investisseurs qui se préoccupent uniquement des taux de rendement risquent de passer à côté de ces aspects importants et d’en subir les conséquences lorsque les conditions se resserreront. Bâtir un portefeuille résilient implique de prendre en compte le revenu potentiel, mais aussi la facilité avec laquelle les positions peuvent être rajustées.

L’importance de la gestion active

Globalement, ces dynamiques justifient une approche plus sélective. Dans un tel contexte, l’approche de gestion de portefeuille adoptée est susceptible d’avoir un effet déterminant pour sur les résultats. Pourtant, bien des investisseurs se fient encore à des cadres statiques : ils établissent une répartition précise en fonction des taux d’intérêt et du risque de crédit, puis la laissent ainsi par la suite.

Cette façon de faire n’est plus adaptée à l’évolution rapide des marchés. Elle ne tient pas compte non plus des occasions qu’apporte la volatilité. Les marchés bougent constamment; les portefeuilles doivent suivre la cadence. Les gestionnaires actifs rajustent au besoin la duration et l’exposition aux titres de crédit pour tirer avantage des écarts de prix lorsqu’ils surviennent. Ils peuvent saisir les occasions quand les évaluations sont favorables et prendre un pas de recul lorsque le risque est trop grand. Le mot-clé ici : flexibilité.

« C’est un peu comme choisir ses chaussures », précise Rouleau. « La météo change rapidement, et ce qui convient pour une saison ne fera pas nécessairement l’affaire pour une autre. Des sandales de plage en juillet, c’est bien, mais en janvier, ça ne va pas du tout. Revenons aux marchés des titres à revenu fixe : on doit pouvoir réduire ou augmenter le niveau de risque d’un portefeuille selon le contexte. »

Trop souvent, les investisseurs ne tiennent pas compte de ce besoin de flexibilité. Ils fixent leurs positions et ratent des occasions de rendement. Les titres à revenu fixe restent une composante essentielle de portefeuilles diversifiés, mais leur rôle a changé. Les investisseurs qui priorisent la souplesse et une prise de décisions éclairées, en plus d’adopter la gestion active, sont avantagés dans le contexte actuel et bien placés pour tirer parti des occasions qu’il génère.